Interview du Professeur Alain Toledano : Chaire Santé Intégrative au CNAM

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Agence Web Santé : La chaire en Santé Intégrative que vous dirigez depuis 2021, vient d’être reconduite pour trois années, au Conservatoire Nationale des Arts et Métiers. Qu’est-ce que la Santé Intégrative et pourquoi s’y intéresser ?

 

Professeur Alain Toledano

Professeur Alain Toledano

Pr Alain Toledano : La santé n’est pas que l’absence de maladie ou bien le silence des organes. La santé doit intégrer plusieurs autres dimensions : physique, psychologique, émotionnelle, sociale, culturelle, sexuelle, environnementale… Notre médecine a été préemptée par le progrès technique, alors qu’avec des mots choisis on soigne aussi, ou on peut à l’inverse faire du mal. L’association de ce qu’il y a de mieux dans la médecine conventionnelle et dans les médecines complémentaires, en remettant le patient au centre, s’appelle la médecine intégrative.

A nous de nous poser la question de ce qui doit être conventionnel, et ce qui est complémentaire. Une approche scientifique et expérimentale, avec une démarche d’implémentation méthodique est indispensable pour développer la médecine intégrative.

L’intégration en Santé est une posture visant à fédérer, à rassembler, y compris les expertises, et à passer d’une médecine centrée sur la maladie à une médecine centrée sur l’individu et son projet de vie. Le regard porté sur les thérapies non médicamenteuses importe autant que celui sur les médicaments, pourvu que le patient en bénéficie.

 

Quels seraient les bénéfices de la Santé Intégrative en France ? Y a-t-il un rationnel scientifique à cela ?

 

Professeur Alain Toledano

Dans la société française, le champ d’action de la Santé Intégrative est immense. Il y a 4 millions de personnes qui ont eu ou ont un cancer, et 24 millions de Français ont une maladie chronique. Sur le milliard de consultations médicales en France chaque année, la moitié a pour objectifs de gérer des symptômes de maladie chronique. Chaque année, les maladies chroniques coûtent 110 milliards d’euros. Nous prescrivons des médicaments dans 93% des cas, or on sait qu’une boite de médicaments sur deux finit à la poubelle (on gaspille ainsi 7 milliards d’euros par an).  Il est urgent de passer d’une médicine prescriptive à une médicine intégrative. Placer l’individu au centre du système de soins, intégrer les thérapies non médicamenteuses autour d’un véritable parcours en santé, serait un énorme progrès dans l’approche des maladies chroniques.

Prenons l’exemple de l’oncologie, 90% des patients présentent entre 8 et 9 symptômes invalidants à distance de leur maladie, en rapport avec la maladie elle-même, ou bien les traitements. Lorsqu’on s’intéresse à des symptômes majeurs en oncologie que sont : la fatigue, la douleur, l’anxiété et la dépression ; plus de 350 essais randomisés contrôlés en oncologie intégrative, réalisés après 1990, et plus de 50 revues de littérature et méta-analyses, servent aux recommandations. On y trouve des niveaux de preuve cliniques pour de nombreuses disciplines comme : la méditation, le yoga, le shiatsu, l’aromathérapie, la complémentation nutritionnelle, l’activité physique adaptée, l’hypnose, la musicothérapie, l’acupuncture, la réflexologie plantaire…. Etc

Le bénéfice significatif de nombreuses disciplines dénote avec le faible recours à celles-ci, en rapport avec leur méconnaissance par les patients comme par les soignants d’une part; d’autre part l’absence d’industrie promotrice de ces savoirs sur les thérapies non médicamenteuses (TNM) en oncologie intégrative et d’études dédiées, défavorise la sensibilisation et la financiarisation des développements ; enfin, la faible pénétrance de ces connaissances dans les études médicales est aussi révélatrice que l’ignorance des praticiens en TNM en oncologie intégrative pour appréhender correctement les fréquentes situations médicales complexes. Bien que de nombreuses TNM en oncologie intégrative aient un coût relativement faible, elles ne sont généralement pas remboursées par l’assurance-santé.

Les postures culturelles pro ou anti-médecines complémentaires, ainsi que le tapage médiatique autour des quelques dérives sectaires bien réelles, freinent souvent le développement apaisé et scientifique de ces approches pourtant bien documentés. La structuration des parcours d’accompagnement est un challenge pour notre système de santé, autant qu’un bienfait pour la prise en charge des patients atteints de cancer.

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Pourquoi l’enseignement est-il si important dans votre exercice médical ?

 

Professeur Alain Toledano

Parce qu’:« enseigner, c’est apprendre deux fois », et qu’en enseignant, on s’interroge, on s’améliore, on se redéfinit même… Jean Jaurès disait : « on n’enseigne pas ce que l’on sait, on enseigne ce que l’on est ». On est meilleur en enseignant. C’est une motivation pour toujours apprendre, et être digne de la confiance que nous donne nos étudiants.

En matière de santé, il est urgent de contribuer à transformer notre système de santé, pour le maintenir efficient ; et ce qu’on ne peut pas enseigner a de fortes chances de disparaître.

Enseigner la Santé Intégrative, c’est une façon de travailler à améliorer notre système de santé, à le critiquer positivement. Il vaut mieux enseigner les vertus et les améliorations possibles que condamner les vices et émettre des critiques peu constructives.

 

Que répondez-vous à ceux qui critiquent la Santé Intégrative ?

 

Professeur Alain Toledano

Nous avons besoin des critiques pour avancer. La démarche scientifique se construit sur la critique et le doute positif. Mais il faut différencier le doute positif du scepticisme dogmatique. Claude Bernard, le père de la démarche scientifique, disait « le sceptique ne croît pas en la science, il croît en lui-même, il pense que tout est opinion, et que toutes les opinions se valent ».

Beaucoup trop de pseudo-experts en santé émettent leurs opinions et diffusent leurs croyances restrictives, sans respecter la démarche scientifique de la recherche. D’abord observer, puis émettre des hypothèses, puis expérimenter, et enfin conclure. A leur décharge, de nombreuses personnes « de bord opposé » concluent aussi sans expérimenter, jouent au soignant sans les compétences ou les connaissances nécessaires. Malheureusement, encore 5% des pratiques de soins non conventionnels frisent avec les dérives sectaires et sont condamnables. On doit mieux enseigner les thérapies non médicamenteuses, la démarche intégrative, pour protéger les patients, sécuriser les parcours de soins, et permettre aux soignants de mieux honorer leur contrat de confiance avec les patients.

 

Comment améliorer l’enseignement des thérapies non médicamenteuses et pourquoi ?

 

Professeur Alain Toledano

L’intégration des TNM, et l’enseignement des médecines complémentaires, doivent être diffusés et approfondis, pour le bien des patients et de notre système de santé, ainsi que pour l’efficacité et la qualité d’exercice des soignants.  C’est une des missions principales du Collège Universitaire de Médecine Intégrative et Complémentaire dont je fais partie. L’engouement croissant pour les TNM peut s’expliquer par divers facteurs : une prise de conscience écologique prônant un retour au naturel ; l’utilisation d’Internet permettant l’accès de chaque patient aux multiples informations, et à la découverte d’autres cultures et de pratiques en santé. Les carences de la médecine conventionnelle, notamment concernant l’oncologie, encouragent les patients à explorer d’autres méthodes. Une certaine méfiance des populations face à la science, combinée à un désir de réappropriation de son corps, de sa santé et de sa maladie y contribuent également.

Notons l’importance de structurer la collection des données standardisées des évaluations des TNM, notamment en oncologie intégrative.

 

La multiplicité des disciplines des TNM proposées rend certains choix d’orientation difficiles. Cela renforce la nécessité de développer des compétences en coordination de parcours en oncologie intégrative. Nous avons créé un diplôme universitaire pour cela au CNAM. Pour certaines interventions psychocorporelles, les variations formelles et de dosage complexifient l’évaluation qualitative autant que la standardisation protocolaire. Cela justifie de mettre en place des évaluations de méthodologie spécifique, qualitatives et quantitatives pour les TNM.  Les personnes atteintes de cancer doivent trouver leur propre confort avec ces approches thérapeutiques intégrées, en fonction de leurs propres croyances, de leurs capacités personnelles d’adaptation, de leurs choix, ainsi que ceux influençant de leurs familles, leur entourage, et leurs équipes soignantes. Tous les soignants doivent travailler ensemble pour assurer un accès équitable aux soins de qualité pour chaque patient, et à la recherche clinique en oncologie intégrative. L’émergence d’une nouvelle éthique de soin autour du care est un enjeu majeur. Elle permettra d’améliorer l’autonomisation des patients autant que leur bien-être, et de promouvoir la démocratie en santé. Les collaborations internationales et la vision transculturelle sera utile pour développer l’oncologie intégrative et l’adapter à nos différents systèmes de santé.

 

Pourquoi la reconnaissance académique d’une discipline de Santé Intégrative devrait s’ajouter à tout ce qui existe déjà comme chaires dans le domaine de la Santé ?

 

Professeur Alain Toledano

La nomination d’enseignements dédiés dans une nouvelle discipline en santé intégrative, confère immédiatement une légitimité académique et scientifique essentielle. En effet, cela permet d’ancrer la discipline dans le paysage universitaire et de garantir une rigueur méthodologique dans la formation et la recherche, tout en facilitant l’accès aux financements et aux partenariats interinstitutionnels.

De plus, cette reconnaissance renforce l’attractivité de la discipline pour les talents et favorise la diffusion de ses enseignements dans les cursus académiques, consolidant ainsi son impact sur la pratique clinique et les politiques de santé. Enfin, en valorisant la recherche et l’expertise, la nomination d’enseignants-chercheurs qui serviront de référents pour l’évolution des standards et des pratiques, offrent un cadre structurant indispensable à l’émergence et au développement de cette nouvelle approche en santé. La reconnaissance institutionnelle forte dans les cursus universitaires nationaux et internationaux va porter nos échanges. Elle permet d’élaborer un curriculum cohérent, favorise la collaboration interdisciplinaire et renforce la crédibilité auprès des autorités de tutelle, ce qui est indispensable pour accéder à des financements de recherche et de thésards. De plus, c’est un signal fort aux acteurs du secteur de la santé et aux partenaires institutionnels, en établissant des référents académiques capable de promouvoir des pratiques innovantes et rigoureuses, et de stimuler l’essor d’expertises reconnues au service de l’amélioration des soins et de la qualité de vie.

 

C’est l’occasion de remercier le groupe Elsan, et Docaposte pour leur soutien à la chaire de Santé Intégrative du CNAM

Dr Professeur Alain Toledano, Cancérologue, Président de l’Institut Rafaël, Directeur de la chaire Santé Intégrative au CNAM

 

Interview réalisée par Agence Web Santé, agence Web SEO, spécialisée dans le secteur de la santé

 

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